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Lorsque j’étais enfant, les clochards étaient des gens un peu folkloriques que l’on voyait revenir de semaine en semaine ou bien de mois en mois dans notre petit village du Sud.
 
Ils allaient la plupart du temps par deux, avaient une bonhomie joviale et s’ils demandaient d’une voix tonitruante aux adultes « la pièce de monnaie », ils tournaient vers nous, enfants un peu curieux et fort étonnés qui les scrutions, un regard toujours empreint d’une infinie bonté.
Leur visage était souvent rougeaud -je sais que pendant longtemps j’ai cru que le Père Noël se cachait dans l’un de ces clochards itinérants- et on ne parlait pas de pauvreté à leur sujet.
Les seuls brins de commentaires que l’on entendait quant à eux ramenaient à des problèmes de choix personnels : « Il n’a plus pu cesser de boire » ou bien « Il s’est mis à boire comme ça à cause d’une femme ».
Voilà, le « clochard », c’était l’alcoolique vagabond.
Chacun provenant d’un milieu différent, j’en ai connu un qui récitait Verlaine et Rimbaud et un autre qui -disait-on- avait été musicien dans un grand orchestre célèbre sur la Côte d'Azur.
 
Je ne sais plus exactement quand les clochards ont disparu et que sont apparus les SDF.
Est-ce bien comme je le pense vers la fin des années 80 ?
Attention, je ne parle pas ici seulement des routards, des squatteurs mais réellement de l’ensemble des SDF, des ces Sans Domicile Fixe qui se sont dans un premier temps, mêlés à nos clochards pour mieux les englober très vite, compagnons d’infortune qu’une crise économique (déjà) alignait  soudain sur les mêmes rangs de la pauvreté…
 
Ensuite, il est facile de comprendre leur multiplication en suivant l’emprise que d’autres mots commencèrent à prendre dans notre pays : chômage, dettes, surendettement, expulsions, intérim, précarité, révision du calcul des retraites.
Sans Domicile Fixe.
La pauvreté, le « vivre dans la rue », c’est sociétal mais c’est surtout politique.
On me dira que je me trompe et que plus rien n’est politique mais seulement économique (et mondialisé) aujourd’hui.
 
C’est peut-être de plus en plus vrai, si l’on se rend compte que de plus en plus de gens dans notre pays en ces jours, se retrouvent suite au krach à perdre leur logement suite à un prêt relais : de propriétaires, ils redeviennent locataires.
Combien d’entre nous aussi ont commencé dans ce que l’on appelle les classes défavorisées et même -ô honte- dans les classes moyennes à renoncer à un soin dentaire, optique, le renvoyant aux calendes parce que d’un coût insupportable face à la hausse des prix du panier de la ménagère, du gaz, de l’électricité, de l’essence etc.
Mais si c'est vrai, ce n'est pas une raison de baisser les bras.
 
Serons-nous un jour à la rue ?
La question de nos retraites est cruciale.
Nous, les baby-boomers, risquons de ne plus pouvoir vivre de nos pensions ou retraites, de devoir prolonger une activité au détriment de notre santé, tout simplement pour subsister.
Vivre décemment, pas avec 800 euros par mois comme on le voit aujourd'hui, après toute une vie de labeur parce que d’un coup la loi est passée non plus aux dix, mais aux 25 meilleures années pour le calcul de la somme sui nous sera délivrée…
Ça change diablement l'addition pour une génération qui a, fatalement un  jour ou l’autre, connu les embûches des périodes de chômage.
 
Je repense à mon grand-père, italien émigré en France aux temps du fascisme, qui commença par travailler comme ouvrier agricole avant la guerre.
Etranger non déclaré.
Naturalisé en 1948, lorsqu’il prit sa retraite des années plus tard, il dut avoir recours à ce que l’on nommait le « fonds national de solidarité » que mes parents « remboursèrent » à sa mort (parce que c’était la règle de se retourner ensuite contre les « héritiers ») en vendant sa minuscule maison de village (on dirait aujourd'hui que c'était un tout petit, mais vraiment tout petit deux pièces).
Serons-nous obligés nous aussi, un jour -au lieu de les aider- de demander l’assistance de nos enfants pour manger ?
 
C’est toute la pyramide des âges telle que nous la concevions depuis des décennies qui est chamboulée chez nous en Occident, en Europe, en France.
 
C’est à cette pauvreté « à côté de chez nous » que j’ai voulu consacrer mon billet du « Blog Action Day  2008 » car finalement, ce qu’on voit le moins, c’est ce qui se passe le plus près de nos yeux.
 
Parce que, quoi qu’on en pense, la réponse demeure pour moi politique.
 
Et qu'il va falloir la donner très vite.
 
 
 
 
 
 
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