Pour annoncer le cadre du « Blog Action Day » international 2008, centré sur la lutte contre la pauvreté, qui se tiendra dans un mois, le 15 octobre 2008, cet article de Jean-Claude Guillebaud, écrit à cette occasion pour « Feuille de chou Quart Monde ».
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Le grand reniement.

 
Comment ne pas être saisi d’effroi en constatant ce qu’il faut bien appeler un terrible reniement ?
Je songe ici au contraste entre le discours néolibéral qui gouverne aujourd’hui la mondialisation et les promesses qui étaient contenues dans les articles 25 et 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.
Ces deux articles proclamaient -en les détaillant- l’importance de ce qu’on a appelé « les droits sociaux ».
Extrait de l’article 25 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires. »
Soixante ans après, ce grand projet humaniste de l’après-guerre paraît s’être rétracté au niveau d’une stratégie de jungle. Il n’est plus question de droits sociaux mais de marchandises, de compétitivité, de profit et d’avantages comparatifs.
D’une certaine manière, le système devient foi en perdant la mémoire.
Le seul message qu’un tel système soit capable d’émettre se ramène à deux ou trois slogans primitifs, notamment celui-là : que le meilleur gagne !
Et malheur au perdant !
La figure du gagnant, fut-il un simple brasseur d’affaires, un agioteur ou un virtuose des marchés financiers, a supplanté celle de l’entrepreneur, ce créateur de vraies richesses que définissait la théorie libérale.
De la même façon, la fatalité inégalitaire et la soumission aux riches auxquelles nous invitent la nouvelle idéologie du monde » sont en contradiction formelle avec l’esprit même de la Déclaration de 1948.
C’est peu dire que les articles 25 et 26 ont été « oubliés ».
Cette promotion décomplexée du meilleur, du plus malin, du plus fort ou du plus cynique s’appuie sur une interprétation de l’histoire humaine bien plus dangereuse qu’on ne l’imagine.
Elle fait fi des traditions humanistes et des sagesses.
Tout en promettant une meilleure croissance économique, elle accélère -sans même s’en rendre compte- le processus de « décivilisation ».
Elle atomise les sociétés pour mieux assurer, dit-on, leur prospérité. C’est un jeu de dupes.
Oui, malheur aux perdants ! Tel est bien le message implicite.
Les grandes cultures, à commencer par l’humanisme occidental, avaient de bonnes raisons de vouloir corriger, civiliser, limiter le principe même de la compétition.
Ce n’est plus le cas.
 
 
 
 
 
Jean-Claude Guillebaud, essayiste et éditeur, texte écrit pour ATD Quart Monde dans le cadre de la journée mondiale du refus de la misère.